Ishtar

Type planétaire : monde tellurique.
Région : Travée.
Age
: 7.5 milliards d'années.
Étoile parente
: naine rouge de classe M. Deux quasi-satellites. 
Gravité : 0.6 g.
Atmosphère
: 0.8 bar, azote-oxygène.
Température moyenne
: 265°K.
Type d'écosystème
: à base de carbone. 
Durée de l'année stellaire : rotation synchrone. 
Durée du jour stellaire : infini (planète en rotation synchrone).
Type d'établissement humain
: civilisation planétaire. 
Âge de l'établissement humain
: 46 ans.
Population : 8 millions.
Allégeance
: Indépendant.
Distance à la Terre : 575 années-lumière.

Stations: Citadelle Athéna, Port de commerce de Simanda

1 - Fatales exportations.

Il est rare de voir une planète nommée par dépit : Ishtar semble appartenir à cette catégorie. La déesse mésopotamienne de l'amour et de la guerre, gardienne de la prospérité du Croissant Fertile, se trouverait en effet bien déçue par une planète aussi hostile. L'hémisphère occidental d'Ishtar est plongé dans une nuit permanente ; des déserts de glace recouvrent l'essentiel de sa surface, et sont percés par des canyons monumentaux, creusés par les forces de marée, au fond desquels rampent des créatures qui n'ont jamais connu la lumière. L'hémisphère oriental, lui, est étranger à la nuit. Sur l'océan unique tombe une pluie qui n'a pas connu une seule interruption depuis trois millénaires, et ses rives abritent un désert de sable noir. Les sursauts magnétiques de la naine rouge qui sert de parente à Ishtar grillent régulièrement les systèmes électroniques tout comme les formes de vie malchanceuses. Et le long du terminateur, là où se rencontrent le jour et la nuit, les vents peuvent atteindre la vitesse du son : les larmes d'Ishtar. 

Ce crystal organique ressemble à un diamant noir ; il s'agit d'une ressource fossile, qui provient du passé d'Ishtar, d'un âge géologique où la surface était couverte de plantes qui se protégeaient des colères stellaires en s'enfermant dans des coquilles naturelles. Une fois réduites en poudre et ajoutée au terreau de la pseudonigella stellaris, les larmes d'Ishtar permettent aux fleurs de produire une variété spécifique de cristaux de translation à la couleur rouge sang. Les translateurs assemblés à partir de ces cristaux sont bien plus légers, et partant bien moins coûteux, que les translateurs standard. Ils paient cette légèreté d'une grande fragilité : on ne peut les employer pour plus de trois ou quatre translations. En d'autres termes, ils se prêtent admirablement bien à la construction de missiles supraluminiques. 

Certaines planètes de la Travée exportent des rêves lucides : Ishtar, des armes de guerre. 

Foreigners call them Tears of Ishtar: the more pragmatic locals call it meta-coal. It would be another planetary oddity if it did not have a very peculiar characteristic: meta-coal can be consumed by pseudonigella stellaris plants, enabling them to produce a very specific variety of dark red hyperdimensional crystals that are very well-suited for simple, disposable FTL vessels.

2 - Les artisans de la guerre

Bien qu'intégrée à la Travée, Ishtar est un monde indépendant, qui refuse l'autorité de l'Ecoumène Elorain. Elle est administrée par le Couvent d'Ishtar, une organisation semi-religieuse organisée sous la forme d'une coopérative d'ateliers. En quarante ans de présence sur Ishtar, ses habitants ont développé un ethos particulier, en tant qu'unique monde humain entièrement dédié à la fabrication d'armes : « si ce n'était pas nous, ce serait quelqu'un d'autre » semble être la devise officieuse de la planète. De fait, les missiles fabriqués sur Ishtar sont des oeuvres d'art : outre l'intégration manuelle de systèmes à la pointe de la technique, chacune de ces munitions est couverte de bas-reliefs à l'échelle millimétrique qui racontent l'histoire de la planète et de la déesse dont elle tire son nom. Ishtar ne se considère inféodée à personne : elle fournit des armes à l'URST, à Laniakea et à l'Ecoumène Elorain sans sourciller. Pour beaucoup, le Couvent est au mieux cynique, au pire criminel. 

Je dois, ici, m'inscrire en faux. 

Il y a déjà quelques années, la Phalène, dans un rapport interne, a mené une analyse détaillée des translateurs montés sur les missiles d'Ishtar. Leurs navigateurs ont trouvé des altération d'une grande subtilité, qui avaient échappé à tous les spécialistes militaires. Des verrous nanométriques capables de causer une autodestruction du translateur ordonné de sauter dans la haute atmosphère d'une planète lors d'un bombardement orbital. Des paramètres internes causant une incertitude de trajectoire autour des signatures de vaisseaux civils les plus communes. Toute une flopée de détails qui, mis bout à bout, montraient que les missiles d'Ishtar étaient délibérément sabotés pour compliquer leur usage contre des cibles non-militaires. 

Le Couvent tente-t-il de s'acheter une conscience ? De maladroitement parer aux accusations de complicité ? Agit-il par sens religieux ? Mais alors, pourquoi continuer de vendre ces armes ? Le rapport est resté secret, et je crains que ces questions n'aient jamais de réponse. Une chose, toutefois, est certaine. Les habitants d'Ishtar sont sans doute des criminels, mais iels ne sont pas cyniques. 

Et c'est déjà beaucoup.

Tyra

Type planétaire : planète tellurique.
Région : Centre galactique. 
Âge
: 8,7 milliards d'années.
Étoile parente
: étoile K. Un satellite naturel.
Gravité : 0,98 g.
Atmosphère
: 0,95 bar, azote-oxygène.
Température moyenne
: 288°K.
Type d'écosystème
: à base de carbone, en déclin. 
Durée de l'année stellaire : 120 jours.
Durée du jour stellaire : 36 heures.
Type d'établissement humain
: avant-postes scientifiques. 
Âge de l'établissement humain
: 36 ans.
Population : 25 000.
Allégeance
: indépendant.  
Distance à la Terre : 20 567 années-lumière.

Stations: Station Salicandre, Point Lovelace.

Il est sept heure du matin sur Tyra. Le soleil saigne au-dessus de l'horizon et je balaye la poussière accumulée sur les panneaux solaires de mon camion tout-terrain. Je crois que la faune locale a essayé de rentrer pendant la nuit : un animal a laissé des traces de griffure sur le panneau d'accès aux instruments. Sans doute un rat du désert. C'est une espèce invasive : on l'a importée depuis la Terre. Il s'agit aussi de la forme de vie la plus complexe présente sur cette planète, à l'exception des humains. 

Il y a un panneau à-demi enfoui, juste à côté de mon quadriroues. La poussière et les ultraviolets ont transformé ses couleurs, autrefois vives, en une mélasse grisâtre. On peut encore lire un slogan, en plusieurs langues et autant de polices : BIENVENUE SUR TYRA. A côté, on distingue deux époux et leur gamin qui joue dans le sable. J'imagine qu'il doit s'agir d'un vestige de la première tentative de colonisation, il y a trente ans. J'imagine qu'il devait y avoir une ville ici, mais elle n'a jamais dépassé le stade de l'esquisse. Plus tard, une expédition scientifique a réutilisé le panneau pour y installer une pompe solaire, qui extraie de l'eau depuis un aquifère fossile et la met à disposition des camions. Le tout mesure, quoi, cinq mètres de haut à tout casser ? Je crois que c'est le bâtiment le plus notable de tout l'hémisphère nord de Tyra. 

Quand j'étais gamin, je regardais des films sur les premières années du Bas-Âge, la période post-apocalyptique. Les scénarios n'étaient pas bien compliqués, les héros affrontaient des brigands et des mercenaires qui convoitaient les ruines de l'effondrement dans des déserts irradiés. Hé bien, Tyra, c'est pareil, sauf qu'il n'y a pas de pillards, parce qu'il n'y a rien à piller. 

Je me tourne vers les étoiles. Une navette est en train de rentrer dans l'atmosphère et traîne une fine ligne blanche dans son sillage. J'imagine qu'elle va vers Port Kalahari: la capitale, à l'équateur, compte vingt mille habitants et constitue le seul point d'intérêt sur cette planète, avec ses jardins hydroponiques et son université. Le reste ? Des laboratoires ambulants et des sites de recherche mobiles. 

Pourtant, Tyra n'a pas toujours été aussi désolée. Bien des civilisations, aujourd'hui disparues, l'ont employée comme halte ou colonie temporaire, et ont laissé des ruines sous le sable. Il me suffit de gratter un peu la poussière pour trouver des vestiges du passé de Tyra. Parfois, je déniche d'étranges fragments de silice qui appartiennent à d'antiques vaisseaux des Voyageurs Oubliés. D'autres fois, mon radar détecte les rues d'une ville disparue. Il m'arrive même de tomber sur une tuile thermique perdue par une navette humaine. Mais la plupart du temps, ma moisson quotidienne se constitue d'os, de bois mort et de coquillages. 

Et les étoiles, là-haut, ne disparaissent jamais, même quand le soleil brille. Il y en a des milliards, comme si quelqu'un avait tiré un feu d'artifice pour ensuite le figer dans le temps. Nous sommes tout près du centre de la Voie Lactée ; jamais ici personne n'a connu de nuit sombre. Après le coucher du soleil, on y voit comme s'il y avait quinze pleines lunes dans le ciel, même quand le ciel est couvert. Et parmi ces étoiles, beaucoup sont lourdes et chaudes : leurs fins, qui ne prennent que quelques dizaines de millions d'années pour advenir, se font dans la brutalité d'une supernova. Et quand une supernova explose, elle émet un puissant sursaut gamma qui cautérise toute vie prise dans son pinceau, jusqu'à plusieurs centaines d'années-lumière. On ne sait pas combien de ces évènements Tyra a déjà subi durant ses huit milliards d'années d'existence. Dix ? Quinze ? Plus ? Dans tous les cas, ce bombardement incessant n'a pas laissé le loisir à la vie de se développer au-delà du règne des bactéries et des protozoaires ; pourtant, elle n'a pas abandonné. Dans les plaines de sel vivent des forêts entières de lichens et de pseudo-amibes, ignorant la catastrophe qui pourrait à tout moment les frapper. 

Les sursauts gamma se propagent à la vitesse de la lumière. Si nos télescopes en détectaient un, nous aurions quelques mois pour évacuer la planète. L'écosystème de Tyra ne survivrait pas : l'évolution reviendrait aux bactéries les plus simples, prisonnières des aquifères fossiles, et protégées par des kilomètres de calcaire. Je ne sais pas si nous reviendrions. 

A dire vrai, je ne sais pas pourquoi nous sommes ici. Il n'y a rien sur Tyra qui nécessite une présence humaine. Drones et sondes sont à même de l'étudier sans supervision directe. Le centre de la Voie Lactée est un désert hostile. Nous ne devrions pas être là. Nous ne sommes pas les bienvenus. 

Et pourtant je vous parle depuis Tyra, avec mon petit camion, mon petit panneau solaire et mes petites recherches. 

J'aimerais bien savoir pourquoi. 

Vyiranga

Type planétaire : planète tellurique.
Région : Travée.
Âge
: 6,5 milliards d'années.
Étoile parente
: étoile binaire K-M. Un satellite naturel.
Gravité : 0,86 g.
Atmosphère
: 0,89 bar, azote-oxygène.
Température moyenne
: 280°K.
Type d'écosystème
: à base de carbone.
Durée de l'année stellaire : 400 jours.
Durée du jour stellaire : 29 heures.
Type d'établissement humain
: civilisation planétaire.
Âge de l'établissement humain
: 52 ans.
Population : 5 millions.
Allégeance
: Écoumène Elorain.
Distance à la Terre : 570 années-lumière.

Stations: Station Oneiroi, Port Franc de Vyiranga. 

1 – Méditerranée

Vyiranga compte parmi les mondes les plus plaisants de la Travée. Planète tellurique de petite taille, elle est recouverte d'océans peu profonds, et la plupart de ses continents ont été submergés à la fin du dernier âge glaciaire. On la considère parfois comme faisant partie des « mondes méditerranéens », une sous-classe de planètes telluriques caractérisée par une importante exposition solaire, des précipitations moyennes et un faible ratio de terres émergées. La vie sur Vyiranga est principalement végétale et fondée sur la chlorophylle. Le règne animal se trouve limité à des pseudocoraux, capables de mouvement aérien et subaquatique. Avec une faible obliquité, Vyiranga ne présente pas de saisons planétaires ; toutefois, les variations de luminosité de son étoile binaire forment des méta-saisons, longues de plusieurs siècles et comparables à des âges glaciaires terriens.

2 – Lichen doré

Bien qu'inoffensives, les formes de vie Vyirangaises sont capables d'interférer avec le système nerveux humain ; ainsi, les pollens locaux sont connus pour susciter des réactions émotionnelles violentes, allant de l'euphorie à une profonde tristesse. Ces réactions peuvent être contrées avec des barrières immunitaires (anticorps secrétés par une monade) ou physiques (emploi de masques filtrants) mais les habitants, dans leur grande majorité, ont appris à faire avec.

Une espèce en particulier est un psychotrope très puissant : un pseudolichen connu sous le nom de lichen doré de Vyiranga (Caloplaca Vyirangana) ou lichen onirique. Ce symbiote est capable de communication intra-espèce à l'aide de synapses végétales ; une fois ingérées ou inhalées par un humain standard avant de s'endormir, ces synapses déclenchent des rêves lucides. Le déclencheur de ces rêves est un objet doré, qui apparaît juste avant que le rêveur devienne conscient de son propre état, et qui donne ainsi son nom à l'espèce. À très forte dose, Caloplaca Vyirangana peut même être employé pour déclencher des rêves lucides en dehors d'une phase de sommeil ; la transition entre perception standard et onirique a alors lieu sans perte de conscience. De telles concentrations peuvent être rencontrées dans les régions équatoriales de Vyiranga quand le vent souffle depuis la mer, ce qui rend les excursions littorales plutôt étranges. 

3 – Monde onirique

Autant outil de recherche que de divertissement, le lichen doré constitue la principale exportation de Vyiranga. Endémique de la planète et impossible à transplanter sur d'autres mondes, le symbiote a suscité toute une culture et une économie centrée autour des rêves lucides ; en effet, le lichen doré n'est qu'un facteur de transition, il ne suscite pas le contenu du rêve lucide. Les chambres oniriques de Vyiranga fournissent ainsi des pièces musicales, des spectacles lumineux et des techniques de méditation destinées à orienter un rêve lucide et à permettre au rêveur de le transformer en expérience unique.

On notera que le lichen doré n'est techniquement pas un produit stupéfiant. Toutefois, une surdose peut entraîner un état de rêve constant, connu sous le nom de « tunnel onirique ». Bien que cet état ne cause pas de dégâts neuronaux ou nerveux, il est quasiment impossible de l'annuler, et le sujet n'arrête ainsi jamais de passer entre rêve lucide et perceptions réelles. Bien que le lichen doré n'entraîne pas d'accoutumance, l'existence de cet effet secondaire potentiel est la raison principale derrière la restriction du commerce de Caloplaca Vyirangana aux envoyés stellaires.

Illustration from the Wootha Public Domain Release.

Okéan

Type planétaire : monde-océan.
Région : Bulle d'Okéan.
Âge
: 2,5 milliards d'années.
Étoile parente
: naine orange de classe K. Trois lunes.
Gravité : 1,56 g.
Atmosphère
: 5 bar, azote-oxygène.
Température moyenne
: 285°K.
Type d'écosystème
: à base de carbone, d'origine externe (panspermie).
Durée de l'année stellaire : 276 jours.
Durée du jour stellaire : 35 heures.
Type d'établissement humain
: stations orbitales et lunaires.
Âge de l'établissement humain
: 42 ans.
Population : 150 000.
Allégeance
: Laniakea.
Distance à la Terre : 3,500 années-lumière.

Stations orbitales : Port Nymphe, Point Uluru. 

1 – Monde-océan

Un monde-océan est une planète presque exclusivement faite d'eau : cette notion ne doit pas être confondue avec celle de monde océanique, c'est-à-dire une planète dont la surface est couverte d'eau, mais dont la croûte et le manteau sont rocheux. Si les mondes océaniques grouillent de vie, les mondes-océan, eux, sont des planètes hostiles. La présence d'eau liquide n'est pas suffisante pour assurer le maintien de la vie : privée de minéraux et de métaux, la vie locale, quand elle existe, a bien du mal à dépasser un stade unicellulaire. Ainsi, la présence d'un écosystème très développé sur Okéan constitua une surprise de taille pour les premiers explorateurs humains à cartographier la planète, il y a de cela quarante ans. Une étude plus précise de la vie locale montra qu'elle avait été introduite artificiellement, avec la totalité des espèces montrant des signes évidents de génie génétique. Les scientifiques venus de Laniakea supposèrent ainsi qu'Okéan devait être le monde-mère d'une civilisation technologiquement avancée, mais s'étant jusqu'ici dérobée aux tentatives de contact humaines.

Iels avaient raison.

2 — Vriij.

Okéan est ainsi le monde-mère d'une civilisation non-humaine, celle des Vriijs, une forme de vie aquatique intelligente, qui n'est pas sans rappeler les calmars géants terriens. À l'instar de la vie locale, les Vriijs ne sont pas originaires d'Okéan : il y a de cela plusieurs dizaines de milliers d'années, ils constituaient la forme de vie dominante de l'amas globulaire dont Okéan se trouve à la frontière. La raison pour laquelle les Vriijs se sont volontairement exilés sur ce monde-océan est peu claire (bien qu'un conflit avec la Séquence soit certainement à l'origine de l'exil) mais il est indéniable qu'ils sont à l'origine de la vie okéane. Pour le pire et le meilleur, Okéan est désormais leur nouveau domaine.

Les Vriijs et leur amas globulaire sont détaillés plus avant dans l'entrée pertinente.

3 — Avant-poste

Okéan est directement contrôlée par Laniakea. Bien que la planète soit située à plusieurs milliers d'années-lumière de la Terre, la superpuissance y maintient une présence orbitale conséquente, qui inclut des stations permanentes sur les trois lunes glacées. La pression atmosphérique, la gravité et les tempêtes d'Okéan limitent la présence humaine en surface au strict minimum : quoi qu'il en soit, toute entreprise de colonisation recevrait un véto définitif des autorités terriennes en raison de la présence des Vriijs. Quelques rares avant-postes flottants peuplent l'océan ; la plupart sont occupés par des intelligences artificielles, dont la compagnie est plus agréable aux Vriijs que celle des humains standard.

Illustration par Ekaterina Valinakova.

Trappiste 1-e

Type planétaire : monde tellurique.
Région : espace commun.
Age
: 7.5 milliards d'années.
Étoile parente
: naine rouge de classe M.
Gravité : 0.77 g.
Atmosphère
: 0.8 bar, azote-oxygène.
Température moyenne
: 246°K.
Type d'écosystème
: à base de carbone, contaminé.
Durée de l'année stellaire : 6 jours.
Durée du jour stellaire : infini (planète en rotation synchrone).
Type d'établissement humain
: stations locales.
Âge de l'établissement humain
: 125 ans.
Population : 2 millions.
Allégeance
: Indépendant.
Distance à la Terre : 40 années-lumière. 

Starports: Nave Point, Trappist Memorial Hub.

1 - Un monde trop connu

Trappiste 1-e fut découverte durant les dernières décennies de l'âge industriel. Considérée comme l'une des planètes potentiellement habitables les plus proches de la Terre, elle fut étudiée de manière détaillée avant l'effondrement ; la connaissance relative à Trappiste 1-e fut conservée par les moines de l'Outre-Eglise. Après la découverte du translateur, Trappiste 1-e fut sélectionnée comme cible prioritaire pour les premières sondes interstellaires. Trappiste 1-e fut ainsi atteinte par une expédition humaine il y a un peu plus d'un siècle. Quand le vaisseau d'exploration Gondwana se réintégra sur son orbite basse, ce fut pour trouver la planète telle que les astronomes l'avaient décrite un demi-millénaire auparavant : un petit corps tellurique, baignée par la faible lumière de sa naine rouge. 

« J'avais lu tous les ouvrages et articles historiques sur Trappiste 1-e avant d'embarquer sur le Gondwana », se souvient l'exobiologiste Marcina Sevenkova dans son livre A nos premiers voyages. « L'atteindre pour de vrai fut une expérience des plus étranges. Je savais à quoi Trappiste 1-e devait ressembler. Je savais à quoi m'attendre. Les caractéristiques planétaires, la couleur de l'étoile dans le ciel, la température de l'air, le pourcentage d'eau liquide à la surface, tout. Quand nous avons atterri, je me suis mise à éprouver un terrible sentiment de déjà-vu. Je connaissais ce monde. Lors de mes premiers pas, j'eus même l'impression de revenir dans un lieu familier. Trappiste 1-e avait fait partie de mon imaginaire depuis tellement longtemps...

2 - De corail et d'hommes

Trappiste 1-e constitua notre premier contact avec des formes de vie non-terrestres complexes. Ce fut un désastre.

Comme toutes les planètes ayant des naines rouges pour parentes, Trappiste 1-e est éminemment hostile à la vie. La face éclairée de la planète est brûlante, couverte de déserts et d'océans à-demi évaporés. La face sombre, au contraire, est plongée dans une nuit éternelle. La vie ne peut guère se développer qu'à l'équateur, ou « terminateur », qui est sujet à un crépuscule tiède permanent. La biodiversité de Trappiste 1-e est faible : les formes de vie dominantes sont des symbiotes semblables à des coraux, faits de lichen qui s'abrite des radiations solaires et des tempêtes en sécrétant des tubulures de calcaire. Communiquant par phéromones interposées, ces formes de vie suscitent ainsi un vaste réseau de colonies interconnectées, parfaitement adapté aux humeurs de l'étoile. Toutefois, ces lichens ne possèdent aucun système immunitaire : les pathogènes étant inconnus sur Trappiste 1-e, les tubulures suffisent à garder le fragile coeur de ces pseudo-coraux à l'abri.

Ou plutôt suffisaient, jusqu'à notre arrivée.

3 - Un monde contaminé

Cent vingt ans après le premier contact, l'écosystème de Trappiste 1-e est en train de subir une extinction de masse. Malgré les efforts incessants de la Phalène, l'élimination des bactéries et virus apportés par les explorateurs humains s'est révélé impossible. Bien que les ultraviolets émis par l'étoile en éliminent une grande partie à chaque éruption stellaire, les foyers bactériens sont parvenus à s'ancrer dans le sol et à se développer au détriment des lichens, dont ils envahissent sans mal les tubes de calcaire. Les nombreuses tentatives visant à circonscrire cette épizootie globale par l'emploi antibiotiques et de bactériophages n'ont eu aucun résultat, pas plus que l'édification de zones censément protégées. L'écosystème de Trappiste 1-e est condamné à moyen terme.

La planète agit désormais comme un tragique exemple de ce qu'il ne faut pas faire lors du contact avec un écosystème extraterrestre - même et peut-être surtout quand ce dernier s'est révélé incapable d'infecter les humains mais que la réciproque n'a jamais été testée. Désormais, de stricts protocoles de décontamination sont recommandés au décollage et à l'atterrissage, tandis que des études écosystémiques poussées doivent être menées avant d'autoriser des sorties libres ; si leur résultat est négatif (i.e si l'écosystème s'avère incapable de résister aux espèces invasives apportées par les colons humains), la planète doit rester strictement isolée, pour ne jamais répéter le triste sort de Trappiste 1-e.

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